Toute cette rĂ©action vis-Ă -vis du festival du cochon n’est-elle pas un peu exagĂ©rĂ©e?
Tout d’abord, l’opposition n’est pas vis-Ă -vis du festival du cochon mais vis-Ă -vis d’une partie prĂ©cise du festival du cochon. Il n’est certainement pas exagĂ©rĂ© de s’opposer Ă des activitĂ©s qui compromettent clairement le bien-ĂŞtre d’animaux, aussi bien psychologique que physique, pour le simple divertissement.
N’est-ce pas exagĂ©rĂ© de qualifier la course aux cochons d’activitĂ© “cruelle”?!
Le qualificatif “exagĂ©rĂ©” utilisĂ© pour dĂ©signer la manière dont les groupes de protection animale voient la course aux cochons est lui aussi “exagĂ©rĂ©”! Le dictionnaire donne plusieurs dĂ©finitions du mot “cruel”, dont celle-ci “Qui cause une souffrance morale ou physique”. Par consĂ©quent, le qualificatif est tout Ă fait appropriĂ© et pas du tout exagĂ©rĂ©, car les deux formes de souffrances, physique et psychologique, sont hautement susceptibles de survenir lors de l’Ă©preuve de course et de lutte contre les animaux.
Vous n’y ĂŞtes pas allĂ© en personne donc vous ne pouvez pas juger
Il n’est absolument pas nĂ©cessaire d’y ĂŞtre allĂ© “en personne”! Le concept mĂŞme de courir après un porc pour l’attraper et le plaquer au sol, que ce soit dans la boue ou tout autre type de substrat, garantit le stress et possiblement la douleur, mĂŞme s’il n’y a pas de lĂ©sion visible extĂ©rieurement.
De plus, les vidĂ©os et photos disponibles sont assez Ă©loquents pour ne pas avoir besoin de se dĂ©placer. La façon dont les animaux sont sensĂ©s ĂŞtre traitĂ©s avant la course ne change rien, mĂŞme s’ils sont traitĂ©s “aux petits oignons” pour reprendre une expression vraiment dĂ©placĂ©e compte tenu du sort final de ces animaux.
Avec ce type de raisonnement il faudrait donc arrĂŞter de soutenir la plupart des causes humanitaires car la majoritĂ© d’entre nous n’avons pas Ă©tĂ© tĂ©moins directs de la maltraitance des femmes dans certains pays, de la famine dans d’autres pays, de l’exploitation des enfants dans des usines dans certains rĂ©gions du monde d’oĂą proviennent tant d’articles que les consommateurs des pays riches achètent sans scrupule, pour ne prendre que quelques exemples. C’est vrai aussi pour certaines causent touchant les humains dans notre propre pays: qui est allĂ© vĂ©rifier en personne la rĂ©alitĂ© de toutes les conditions qui justifient de se mobiliser? Ce n’est vraiment pas un argument valable selon moi.
Une pĂ©tition lancĂ©e par un groupe de protection animale situĂ© en Colombie Britannique n’a pas sa place dans une polĂ©mique quĂ©bĂ©coise!
OĂą est le problème, c’est toujours le mĂŞme pays aux dernières nouvelles! Il est tout Ă fait normal que certains dĂ©fenseurs des animaux s’opposent et agissent contre des traitements inacceptables infligĂ©s Ă des animaux dans leur propre pays, indĂ©pendamment de l’organisation territoriale de ce pays. Je ne veux certainement pas lancer un dĂ©bat sur la souverainetĂ© du QuĂ©bec mais jusqu’Ă nouvel ordre, que cela plaise ou non, le QuĂ©bec et la Colombie Britannique font partie du mĂŞme pays et chaque citoyen de ce pays a le droit de s’opposer Ă une situation inacceptable existant dans son propre pays, et mĂŞme Ă l’extĂ©rieur. Si l’on commence Ă ne plus soutenir les causes humanitaires dans d’autres pays et Ă ne plus se mobiliser contre les injustices sous prĂ©texte que cela ne se passe pas chez nous et donc cela ne nous regarde pas, on anĂ©antit le principe, le fondement mĂŞme de l’aide internationale. Toutefois, dans le cas prĂ©sent, il ne s’agit mĂŞme pas d’aide internationale mais plutĂ´t d’aide “intranationale”. Si l’on suit le type de raisonnement selon lequel la pĂ©tition de Colombie Britannique est invalide, il faudrait que seuls des groupes de dĂ©fense des animaux du QuĂ©bec, et plus prĂ©cisĂ©ment de Sainte-PerpĂ©tue, puissent prendre position contre des mauvais traitements infligĂ©s Ă des animaux au QuĂ©bec, et plus prĂ©cisĂ©ment Ă Ste-PerpĂ©tue! Or on sait Ă quel point les gens de Sainte-PerpĂ©tue peuvent ĂŞtre biaisĂ©s dans leur jugement sur la course aux cochons, considĂ©rant le conflit d’intĂ©rĂŞt qu’ils ont vis-Ă -vis du festival, ce qui rend un peu ridicule le sondage rĂ©alisĂ© auprès des habitants de la commune et totalement invalide le rĂ©sultat supposĂ© unanime provenant des perpĂ©tuens. Toutefois, il semble que certains Ă©lĂ©ments “rebelles” soient passĂ©s entre les mailles du filet des statisticiens et que mĂŞme chez les perpĂ©tuens, la course aux cochons ne fasse pas l’unanimitĂ©, comme en tĂ©moigne un article paru dans le journal La Presse le 30 juillet.
Quels signes permettent de certifier qu’il y a des traumatismes chez les porcs?
Et quels signes permettent de certifier hors de tout doute qu’il n’y en a pas dans cette activitĂ© qui est pourtant hautement susceptible d’en gĂ©nĂ©rer?!
Les traumatismes sont aussi bien d’ordre physique que psychologique. Il est erronĂ© de croire que les traumatismes physiques sont forcĂ©ment visibles extĂ©rieurement.
Pour ce qui est du traumatisme psychologique, il n’y a pas besoin de faire une Ă©tude expĂ©rimentale pour arriver Ă la conclusion qu’il est inĂ©vitable. Il est connu que le porc est une espèce très facile Ă stresser, et se faire pourchasser et contenir physiquement gĂ©nère un grand stress chez ces animaux. En plus, les porcs ne comprennent pas ce qui se passe et sont au milieu d’une foule bruyante, tout ce qu’il faut pour gĂ©nĂ©rer de la dĂ©tresse chez ces animaux.
Dans des vidĂ©os de la course aux cochons du festival de Sainte-PerpĂ©tue, soit sur le site officiel du festival soit filmĂ© par un particulier et mis sur internet, on peut voir des animaux se dĂ©battre vivement et hurler lorsqu’ils se font attraper, on en voit mĂŞme plusieurs respirer la gueule ouverte, ce qui est un signe de dĂ©tresse chez le porc, comme le mentionne Ă plusieurs reprises le code de pratiques du Conseil National pour les Soins aux Animaux d’Elevage, relativement aux soins et Ă la manipulation des porcs.
Pour ce qui est du traumatisme physique: (voir Pas douloureux pour les porcs, juste après)
La course aux cochons n’est pas douloureuse pour les porcs
Comment peut-on faire une telle affirmation?! Il faut se mettre Ă la place des animaux et faire preuve d’un minimum d’imagination: imaginer se faire plaquer au football ou au rugby par un joueur plus grand et plus lourd que soi. Il n’y a pas forcĂ©ment de dommages visibles extĂ©rieurement mais c’est certainement dĂ©sagrĂ©able, voire douloureux, Ă cause des coups et contrecoups sur les membres, sur l’abdomen, le thorax, la tĂŞte, et les augmentations marquĂ©es et soudaines de pression intra-abdominale et intrathoracique dues au poids des humains participants. MalgrĂ© l’argument fallacieux selon lequel la boue est “l’habitat naturel du porc”, le fait que cette activitĂ© se fasse dans la boue n’attĂ©nue certainement pas la souffrance physique.
De plus, se faire plaquer dans la boue augmente le risque d’aspiration de boue. On peut voir plusieurs fois des porcs plaquĂ©s au sol sous des participants plus lourds qu’eux et leur gueule ainsi que leur groin se retrouvent dans la boue.
De toute façon, certaines activités ne se passent pas dans la boue, comme le montre le vidéo officiel du festival.
Pour ce qui est de la “boĂ®te de rĂ©ception” des porcs: en quoi est-ce que le fait qu’elle soit rembourrĂ©e garantit l’absence de douleur quand les porcs y sont jetĂ©s comme de vulgaires ordures, sans dĂ©licatesse, parfois la tĂŞte Ă l’envers. C’est une erreur grossière de croire que la douleur lors d’un impact est uniquement causĂ©e par le choc contondant d’une surface dure.
Il y a un risque de blessures et de douleur associĂ©e lorsqu’on tombe sur un tapis de gymnastique alors que l’on ne s’y attend pas, par exemple quand on se fait projeter ou plaquer au sol (comme lors d’une compĂ©tition d’arts martiaux, je parle en connaissance de cause). Si l’on n’est pas prĂ©parĂ© Ă une bonne rĂ©ception, et si la disposition des diffĂ©rentes parties de notre corps n’est pas optimale, alors la compression de nos tissus sous notre propre poids est susceptible de causer des dommages, et possiblement de la douleur associĂ©e, qui ne se manifesteront pas forcĂ©ment par des lĂ©sions externes ou des signes cliniques Ă©vidents.
Que dit le code de pratique sur la manipulation du porc qui va Ă l’encontre de la course?
Le code de pratiques du Conseil National pour les Soins aux Animaux d’Elevage, relativement aux soins et Ă la manipulation des porcs, mentionne, entre autres, les choses suivantes :
“Il est important que les personnes qui manipulent les porcs comprennent et appliquent des mĂ©thodes de manipulation qui attĂ©nuent le stress chez ces derniers et qui tiennent compte des points suivants :
— les rĂ©actions des porcs aux facteurs de stress;
— la nĂ©cessitĂ© d’interactions positives entre les personnes qui manipulent les porcs et ces derniers.”
Entres autres…
Je ne crois pas un seul instant que les porcs ressentent quoi que ce soit de positif dans les interactions que les humains leur imposent lors des épreuves.
Le code de pratiques mentionne Ă©galement qu’il faut “S’assurer que les prĂ©posĂ©s Ă l’élevage comprennent bien les principes Ă l’origine des comportements des porcs en lien avec la manipulation, comme la zone de fuite et le point d’équilibre” (point d’équilibre = point situĂ© sur l’épaule de l’animal, utilisĂ© par les personnes qui manipulent les animaux pour diriger les mouvements des porcs). Il est Ă©vident que la plupart des participants aux Ă©preuves de lutte n’ont pas la moindre notion de manipulation et de contention du porc et le point d’Ă©quilibre semble ĂŞtre une notion inconnue pour beaucoup, juste Ă voir comment les gens se jettent sur les cochons.
Selon le code de pratiques, il faut “faire en sorte que les personnes non requises ne soient pas dans le champ de vision des porcs au moment de dĂ©placer ces derniers” et il faut “marcher calmement et rĂ©gulièrement”, toutes ces choses Ă©tant impossibles Ă cause du principe mĂŞme de la course, quand il faut courir, parfois Ă plusieurs, après un animal qui ne veut pas se laisser attraper pour le soulever et le laisser tomber sans dĂ©licatesse dans une boĂ®te.
Dans les exigences du code de pratiques, il est indiquĂ© que “les personnes qui manipulent les porcs doivent connaĂ®tre les mĂ©thodes de manipulation qui attĂ©nuent le stress chez ces derniers.”
Il faut “s’assurer que les personnes qui manipulent les animaux comprennent bien les principes de comportement pour que la manipulation des porcs se fasse avec le moins de stress possible, comme le respect de la zone de fuite et du point d’équilibre. Ces personnes doivent Ă©galement reconnaĂ®tre que leurs attitudes et leurs comportements ont un effet sur le bien-ĂŞtre des porcs”. “Il est important que tous les prĂ©posĂ©s qui manipulent les porcs apprennent Ă reconnaĂ®tre les signes de dĂ©tresse chez les porcs, et sachent quoi faire pour soulager ces animaux.”
Il faut “embaucher des prĂ©posĂ©s Ă l’élevage qui manifestent des attitudes positives envers les porcs et qui ont une certaine empathie pour eux.”
On ne note pas vraiment d’empathie dans l’attitude des participants, qui considère les porcs comme des objets et non des ĂŞtres sensibles, Ă en juger par la façon dont certains les balancent comme de vulgaires sacs d’ordures dans la boĂ®te. Ces porcs vont finir Ă la casserole, il est dĂ©solant de se divertir Ă leurs dĂ©pens et de leur imposer du stress et de la souffrance supplĂ©mentaires malgrĂ© cette perspective funeste.
Il est mentionnĂ© un peu plus loin, dans la section sur la manipulation des porcs durant les dĂ©placement qu’“il est indispensable de manipuler les porcs avec douceur lorsqu’on les dĂ©place.” et que “certains facteurs contribuent Ă l’intensification du stress, notamment une expĂ©rience de manipulation trop rude.” mais ceci n’est pas spĂ©cifique au porc.
Donc il n’y pas besoin d’analyser en dĂ©tail le code de pratiques, et dans mon cas il n’Ă©tait mĂŞme pas nĂ©cessaire de le lire, pour comprendre que les activitĂ©s de course et de lutte dans ce festival vont Ă l’encontre du bien-ĂŞtre des porcs.
Y aura-t-il une manifestation au festival?
L’intention initiale Ă©tait de faire une manifestation pacifique sous forme de vigile silencieuse. Puis il y a eu des propos agressifs et haineux de certains partisans de l’activitĂ© contestĂ©e, voire mĂŞme xĂ©nophobes Ă l’endroit de monsieur Laraque. Il y a mĂŞme eu carrĂ©ment des menaces non voilĂ©es d’agression physique (par exemple lancĂ© d’oeufs pourris). Certains estiment que la vigile pourrait difficilement rester pacifique devant les provocations d’individus comme ceux ayant profĂ©rĂ©s les menaces. D’ailleurs, madame Line ThĂ©roux, mairesse de Sainte-PerpĂ©tue, l’a elle-mĂŞme avouĂ© dans une entrevue: le service de maintien de l’ordre est prĂ©vu, mĂŞme en l’absence de la perspective d’une manifestation, entre autres Ă cause du risque de dĂ©bordements dus Ă l’alcool chez certains festivaliers. Mais la prĂ©occupation ne concerne pas uniquement la sĂ©curitĂ© des manifestants (cette prĂ©occupation est d’ailleurs loin d’ĂŞtre partagĂ©e), elle concerne aussi les animaux utilisĂ©s lors du festival, si jamais certains participants Ă la course dĂ©cident d’ĂŞtre un peu plus durs avec les animaux juste pas dĂ©fi ou par provocation dirigĂ©s contre les manifestants. Cette crainte n’est pas non plus unanime. Donc pour l’instant, il n’est pas possible de confirmer ou d’infirmer la tenue d’une manifestation car il y a des gens pour et d’autres contre.
Pourquoi se réveiller seulement maintenant alors que le festival existe depuis 37 ans?
Tout simplement parce que l’existence de cette activitĂ© Ă©tait peu Ă pas connue des personnes soucieuses du bien-ĂŞtre des animaux. Comme beaucoup d’autres choses contre lesquelles on peut protester, on ne le fait pas tant qu’on ne les connaĂ®t pas. Le jour oĂą l’on apprend leur existence, on peut soit fermer les yeux, soit prendre conscience que ce n’est pas correct et agir. Il y a très certainement d’autres abus, touchant aussi bien les animaux que les humains, et qui ne sont pas encore connus mais qui, lorsqu’ils le deviendront, feront Ă©galement l’objet d’une opposition. Il ne s’agit pas d’un mouvement de troupeau de suiveurs aveugles dont monsieur Laraque serait le chef. Les dĂ©fenseurs des animaux ne se sont pas rĂ©veillĂ©s un matin en se disant: ” de qui pourrions nous empoisonner la vie cet Ă©tĂ©…tiens, ce petit village de Sainte-PerpĂ©tue!”. Il ne faut pas victimiser Sainte-PerpĂ©tue ni la transformer en martyre. Le choix de Sainte-PerpĂ©tue n’a rien Ă voir avec le fait que les groupes de protection animale la considèrent comme une petite proie facile. D’autres Ă©vènements de plus grande envergure ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© visĂ©s et le sont encore, et d’autres actions sont Ă venir.
Que penser de l’attribution d’une aide financière de 25 000 $ pour la tenue du Festival du cochon de Sainte-PerpĂ©tue par La ministre du Tourisme, Mme Dominique Vien?
Ce serait correct s’il n’y avait pas la course aux cochons, le festival peut exister sans cela. En soutenant le festival, la ministre soutient aussi l’activitĂ© de course et de lutte, qui encourage le manque de compassion envers les animaux et la dĂ©sensibilisation par rapport Ă leurs souffrances, mĂŞme s’il n’Ă©tait probablement pas dans son intention de contribuer de manière consciente Ă cette souffrance.
Comment la course aux cochons ne respecte-t-elle pas les 5 libertés?
La course aux cochons ne respecte pas les 5 libertĂ©s fondamentales des animaux, cela ne signifie pas forcĂ©ment qu’elle ne respecte AUCUNE des 5 libertĂ©s mais plutĂ´t que parmi les 5 libertĂ©s, certaines ne sont pas respectĂ©es. Les 5 libertĂ©s fondamentales des animaux ont Ă©tĂ© Ă©tablies en 1979 par le Farm Animal Welfare Council (FAWC), un organisme consultatif indĂ©pendant de la Commission EuropĂ©enne. Alors que pour certaines de ces 5 libertĂ©s le doute plane au sujet de la course aux cochons, il y en a au moins deux pour lesquelles il est clair que cette activitĂ© contrevient:
1. Ne pas souffrir de faim et de soif
– accès Ă de l’eau potable et Ă une nourriture prĂ©servant la pleine santĂ© et la pleine vigueur des animaux.
2. Ne pas souffrir de contrainte physique
– environnement appropriĂ© comportant des abris et une aire de repos confortable
3. ĂŠtre indemnes de douleurs, de blessures et de maladies
– prĂ©vention ou diagnostic et traitement rapides
4. Avoir la liberté d’exprimer des comportements normaux
– espaces et Ă©quipements adĂ©quats, contact avec des animaux de la mĂŞme espèce
5. Être protégés de la peur et de la détresse
– conditions d’élevage et traitements Ă©vitant les troubles comportementaux.
Jean-Jacques Kona-Boun, DMV

